On nous répète qu’il faut “faire des efforts”. Toujours. Encore. Et souvent sans explication. Mais pendant que les citoyens comptent les centimes, il y a un autre scandale, plus silencieux, plus sournois : dans la fonction publique, le “mérite” est devenu un mot vidé de son sens.
Pas parce que les agents ne méritent pas d’être reconnus — au contraire. Parce que le système actuel récompense trop souvent l’opacité, la complexité… et l’inégalité.
Le mythe du “payé au mérite”… et la réalité
La Cour des comptes vient de publier une enquête sur la rémunération à la performance des agents de l’État (février 2026). Son constat est brutal :
- La part des primes réellement liées à la performance est marginale : 3,5% du total des indemnités… et en baisse depuis 2014. (Cour des comptes)
- Le dispositif central censé structurer le “mérite” (le RIFSEEP) ne couvrait que 21,9% des fonctionnaires civils de l’État en 2024 — et seulement 7,9% des effectifs des ministères financiers. (Communiqué Cour des comptes)
- En parallèle, une jungle incompréhensible : 943 primes “en parallèle” du RIFSEEP en 2024. (Sénat)
- Même le nombre de primes “à la performance” a reculé : de 73 en 2014 à 54 en 2024. (Sénat)
Oui, il existe des agents exemplaires, engagés, efficaces. Mais dans beaucoup de cas, le système ne leur donne ni lisibilité, ni reconnaissance juste. Et pendant ce temps, des primes peuvent devenir automatiques, forfaitisées, incompréhensibles — ce qui est l’inverse du mérite. (Sénat)
Le plus révoltant ? Quand le mérite fonctionne… surtout en haut
La Cour note que la réforme de l’encadrement supérieur a généralisé le RIFSEEP pour 98% des administrateurs de l’État (près de 5 500 hauts fonctionnaires), avec une part de rémunération à la performance devenue significative (14 à 19%). (Sénat)
Donc on sait faire. On sait mettre de la performance quand on veut. Mais on laisse l’immense majorité des agents — et donc des citoyens — dans un système illisible, inégal, et parfois injuste. (Cour des comptes)
Ce que nous demandons : une rémunération au mérite, juste, transparente, et contrôlable
Nous ne demandons pas une chasse aux sorcières. Nous demandons un système digne, qui protège les bons agents, renforce la qualité du service public… et respecte le contribuable.
1) Généraliser réellement le RIFSEEP (et arrêter le “mérite à géométrie variable”)
La Cour des comptes recommande de rendre à nouveau obligatoire le passage au RIFSEEP pour les agents bénéficiant d’une évaluation annuelle. (Cour des comptes) Nous demandons l’application immédiate, avec un calendrier public et des objectifs par ministère.
2) Conditionner les revalorisations générales à la transparence du système
La Cour recommande de lier et conditionner toute future revalorisation salariale générale ou catégorielle au passage préalable au RIFSEEP. (Cour des comptes) Pas de hausse sans cadre clair : sinon on empile des couches opaques.
3) Mettre fin à la jungle des primes “parallèles”
943 primes en dehors du cadre central : c’est un aveu d’échec. (Sénat) Nous demandons un plan de simplification : fusion/suppression progressive, justification publique, contrôle annuel.
4) Rendre le mérite compréhensible : critères clairs, droit au recours, pilotage national
La Cour appelle à plus de transparence sur les modalités de répartition et à un pilotage interministériel renforcé (DGAFP). (Cour des comptes) Nous demandons : des critères lisibles, des règles anti-arbitraire, une procédure de contestation simple, et de la formation pour les évaluateurs.
5) Publier chaque année des chiffres simples (et comparables)
Pas des rapports illisibles : des indicateurs compréhensibles par tous : part des primes “performance” par ministère, distribution (médiane/déciles), écarts, proportion d’agents couverts. Parce que sans lumière, il n’y a pas de contrôle.
Notre message est simple
✅ Oui au mérite.
✅ Oui à la reconnaissance des agents qui font tourner le pays.
✅ Oui à un service public plus efficace et plus juste.
❌ Non aux primes incompréhensibles.
❌ Non aux systèmes à deux vitesses.
❌ Non à l’opacité qui dégrade la confiance et laisse les injustices se multiplier.
Nous voulons une fonction publique respectée — donc une fonction publique évaluée de manière juste. Et nous voulons que l’argent public récompense la qualité, pas l’habitude.
👉 Signez cette pétition.
👉 Partagez-la.
Parce que si on laisse le “mérite” rester un slogan… c’est l’injustice qui gagne.
— Stéphane Richard
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